Le statut social n’est pas le statut juridique.
Le statut juridique (EI, EURL, SASU…) détermine votre statut social, qui lui-même détermine votre régime de cotisations, votre couverture maladie, votre retraite et vos droits au chômage. C’est l’une des décisions les plus structurantes de votre activité freelance.
Les deux grandes familles de statut social
En France, les freelances relèvent de l’un ou l’autre de ces deux régimes :
- TNS — Travailleur Non Salarié : vous cotisez à l’URSSAF et à une caisse de retraite complémentaire dédiée aux indépendants (ex-RSI, désormais géré par la Sécurité sociale des indépendants). C’est le régime des EI, EIRL et des gérants majoritaires d’EURL/SARL.
- Assimilé-salarié : vous cotisez comme un salarié (Urssaf, AGIRC-ARRCO, prévoyance, chômage via Pôle Emploi dans certains cas). C’est le régime du président de SASU ou du gérant minoritaire de SARL.
ATTENTION, le choix entre TNS et assimilé-salarié n’est pas libre : il découle directement de votre forme juridique et de votre position dans la société. Vous ne pouvez pas être assimilé-salarié en EI ou en EURL.
EI et EURL : le régime TNS
L’entreprise individuelle (EI) et l’EURL (SARL à associé unique) placent le dirigeant sous le régime TNS. Concrètement :
- Les cotisations sociales sont calculées sur le bénéfice de l’entreprise (et non sur la rémunération versée).
- Le taux global de cotisations tourne autour de 40 à 45 % du bénéfice imposable, selon la tranche de revenu.
- En EURL, si vous vous versez des dividendes, ils sont également soumis aux cotisations sociales dès lors qu’ils dépassent 10 % du capital social — ce qui réduit significativement l’intérêt fiscal des dividendes par rapport à une SASU.
Le cas particulier de la micro-entreprise (auto-entreprise)
Les auto-entrepreneurs sont des TNS, mais avec un régime simplifié : les cotisations sont calculées sur le chiffre d’affaires (et non le bénéfice) à un taux forfaitaire fixe (25,6 % pour les BNC en 2026, 21,2 % pour les BIC de services). C’est pratique pour démarrer, mais ce taux peut devenir désavantageux dès que votre activité génère peu de frais.
SASU : le régime assimilé-salarié
Le président de SASU est considéré comme un assimilé-salarié. Cela change beaucoup de choses :
- Les cotisations sont calculées sur la rémunération versée (pas sur le bénéfice). Si vous ne vous versez rien, vous ne cotisez pas — et vous n’êtes pas couvert.
- Le taux global de cotisations est plus élevé : environ 65 à 80 % de la rémunération nette versée (charges patronales + salariales combinées).
- En contrepartie, la couverture sociale est plus proche de celle d’un salarié classique : indemnités journalières maladie calculées sur la rémunération déclarée, meilleure retraite de base, accès à l’AGIRC-ARRCO.
- Les dividendes versés par une SASU ne sont pas soumis aux cotisations sociales (uniquement aux prélèvements sociaux à 17,2 %), ce qui est l’un des principaux avantages de ce montage.
Comparatif : ce qui change vraiment
| Critère | EI / EURL (TNS) | SASU (assimilé-salarié) |
|---|---|---|
| Cotisations calculées sur | Le bénéfice de l’entreprise | La rémunération versée |
| Taux global approximatif | 40–45 % du bénéfice | 65–80 % de la rémunération nette |
| Couverture maladie (IJ) | Indemnités journalières limitées (plafonnées, délai de carence 3 j.) | IJ calculées sur le salaire déclaré, plus favorables |
| Retraite de base | Régime des indépendants (SSI) | Régime général + AGIRC-ARRCO |
| Retraite complémentaire | Caisse complémentaire TNS | AGIRC-ARRCO (même que les salariés) |
| Chômage | Aucun droit (sauf contrat avec France Travail, facultatif) | Aucun droit non plus — les dirigeants d’entreprise ne cotisent pas à l’assurance chômage |
| Dividendes | Soumis aux cotisations sociales (au-delà de 10 % du capital) | Soumis aux prélèvements sociaux uniquement (17,2 %) |
| Cotisations si revenu nul | Cotisations minimales dues même sans activité | Aucune cotisation si aucune rémunération versée |
Ni TNS ni assimilé-salarié ne donnent droit à l’assurance chômage.
Les dirigeants d’entreprise (qu’ils soient en EI, EURL ou SASU) ne cotisent pas à France Travail et ne peuvent pas percevoir d’allocations chômage en cas de cessation d’activité, sauf en cas de liquidation judiciaire sous conditions. Une assurance perte d’emploi volontaire (ex-GSC ou Appi) peut partiellement compenser ce manque, mais elle reste coûteuse.
Qui devrait choisir quoi ?
L’EI ou l’EURL convient si…
- Vous démarrez votre activité et souhaitez limiter les coûts de structure.
- Votre chiffre d’affaires est régulier et vous ne prévoyez pas de dégager un bénéfice très supérieur à votre besoin de rémunération.
- Vous n’avez pas besoin de la couverture sociale d’un salarié et acceptez une retraite légèrement moins favorable.
- Vous êtes artiste-auteur ou exercez une profession libérale réglementée : l’EI est souvent la forme naturelle et imposée.
- Vous souhaitez une structure simple à gérer, sans assemblée générale ni dépôt de comptes.
La SASU convient si…
- Votre activité génère un bénéfice significativement supérieur à votre rémunération souhaitée, et vous souhaitez distribuer le surplus en dividendes à moindre coût social.
- Vous envisagez de lever des fonds ou d’accueillir des investisseurs à terme (la SASU se transforme facilement en SAS multi-associés).
- Vous venez du salariat et souhaitez maintenir une couverture sociale proche de celle d’un salarié.
- Vous pouvez vous passer de rémunération pendant les premiers mois (pas de cotisations minimales à payer si vous ne vous versez rien).
Exemple concret
Sophie, graphiste, réalise 80 000 € de CA par an. Ses frais professionnels réels sont de 10 000 €, ce qui lui laisse 70 000 € de bénéfice.En EI : elle paye environ 28 000 à 31 000 € de cotisations TNS sur ce bénéfice. Il lui reste ~42 000 € avant impôt sur le revenu.
En SASU : elle se verse un salaire net de 42 000 € (coût total pour la société : environ 70 000 € avec les charges). Le bénéfice résiduel est quasi nul, donc peu d’IS. Sa couverture maladie est meilleure, mais le coût total est similaire — voire légèrement plus élevé.
Si elle se versait 40 000 € de salaire et 20 000 € de dividendes, les dividendes ne seraient soumis qu’à 17,2 % de prélèvements sociaux. Dans ce scénario, la SASU devient plus avantageuse fiscalement à partir d’un certain niveau de bénéfice.
Le cas particulier des cotisations minimales TNS
En EI et EURL, même si votre bénéfice est nul ou très faible, vous devez payer des cotisations minimales à l’URSSAF. En 2026, ces cotisations minimales représentent environ 1 200 à 1 500 € par an (selon le régime et la caisse de retraite complémentaire).
Ces cotisations vous ouvrent des droits minima à la retraite et à la couverture maladie, même sans revenus. En SASU, si vous ne vous versez pas de rémunération, vous ne cotisez pas — mais vous n’êtes pas non plus couvert.
La prévoyance et la mutuelle
Quel que soit votre statut social, la couverture de base (maladie, maternité, invalidité-décès) est assurée par la Sécurité sociale. La différence se situe principalement sur :
- Les indemnités journalières en cas d’arrêt maladie : en TNS, elles ne démarrent qu’à partir du 4ème jour d’arrêt, sont calculées sur le bénéfice moyen des 3 dernières années et sont plafonnées. En assimilé-salarié, elles sont calculées sur le salaire déclaré.
- La prévoyance complémentaire : dans les deux cas, une assurance prévoyance individuelle est fortement recommandée pour compléter la couverture de base, surtout pour les longues maladies ou les accidents.
Les cotisations de prévoyance et de mutuelle professionnelle sont déductibles fiscalement dans les deux régimes, sous certaines conditions (contrats Madelin pour les TNS, contrats collectifs pour les assimilés-salariés).
Freelancer prend en charge les deux types de structure. Que vous soyez en EI, EURL ou SASU, l’application adapte automatiquement les mentions légales de vos documents, la gestion de la TVA et le suivi de votre activité. Si vous changez de structure en cours d’activité, il vous suffit de mettre à jour les informations de votre entreprise dans les paramètres.
En résumé : comment choisir ?
Il n’existe pas de réponse universelle. Le choix dépend de votre niveau de revenus attendu, de votre appétence pour la couverture sociale, de votre situation personnelle (salarié en parallèle, droits ouverts, famille…) et de vos ambitions à moyen terme.
Quelques règles de bon sens :
- Démarrez simple : l’EI (ou l’auto-entreprise) est souvent le meilleur point de départ. Vous pourrez toujours basculer vers une société ensuite.
- La SASU n’est intéressante que si vous pouvez jouer sur la répartition salaire/dividendes. En dessous d’un certain niveau de bénéfice, les frais de gestion d’une société (expert-comptable obligatoire, dépôt des comptes, etc.) ne sont pas compensés.
- Consultez un expert-comptable avant de créer votre structure : une simulation personnalisée avec vos chiffres réels vaut mieux que tout comparatif générique.
Un expert-comptable peut réaliser une simulation complète pour votre situation en moins d’une heure. Cela peut vous éviter des années de cotisations sous-optimales — et le coût est déductible de vos charges professionnelles.
Évolution des taux de cotisations sociales des auto-entrepreneurs (urssaf.fr)
Régime micro-social — taux de cotisations (service-public.gouv.fr)