Prévoyance et retraite du freelance

Fiches pratiques / Protection sociale et risques

mis à jour le 22 mars 2026

Le salarié bénéficie d’un employeur qui cotise à sa place pour la moitié de ses charges sociales, d’une mutuelle souvent prise en charge à 50 %, et parfois d’une prévoyance collective. Le freelance, lui, est seul. Ce que le régime obligatoire ne couvre pas, personne ne le couvre à votre place — sauf vous.

Cette fiche vous donne les clés pour comprendre ce que le régime de base vous offre réellement, ce qu’il ne couvre pas, et comment combler les lacunes.

ATTENTION — Les chiffres présentés ici (taux, plafonds, points de retraite) sont ceux en vigueur en 2026. Ils évoluent chaque année. Vérifiez toujours les valeurs actualisées sur info-retraite.fr et urssaf.fr.

Ce que le régime obligatoire couvre (et ne couvre pas)

En tant que freelance, vous relevez d’un régime obligatoire selon votre statut et votre activité :

  • SSI (Sécurité sociale des indépendants) — artisans, commerçants, professions libérales non réglementées
  • CIPAV — professions libérales réglementées (architectes, ingénieurs-conseils, etc.)
  • IRCEC — artistes-auteurs affiliés à la Sécurité sociale des artistes-auteurs, pour la retraite complémentaire

Ces régimes vous offrent une couverture maladie (remboursements de soins), une retraite de base et, pour certains, une retraite complémentaire obligatoire. Ce qu’ils ne couvrent généralement pas de façon suffisante :

  • Les arrêts de travail prolongés (indemnités journalières limitées ou inexistantes avant plusieurs mois d’arrêt)
  • L’invalidité partielle ou totale
  • Le décès (capital ou rente versés aux ayants droit)
  • La retraite à un niveau décent si votre carrière comporte des années de revenus faibles ou des interruptions

Pour les artistes-auteurs affiliés à la Sécurité sociale des artistes-auteurs, la cotisation retraite de base est prélevée par l’URSSAF Limousin. La retraite complémentaire obligatoire est gérée par l’IRCEC via le RAAP (Régime de l’Assurance Vieillesse des Artistes et Auteurs Professionnels). Consultez la fiche sur les charges sociales pour le détail des taux.

Retraite de base et retraite complémentaire : comment ça marche

La retraite fonctionne sur un système de points : chaque année, vos cotisations génèrent un certain nombre de points, et c’est la somme de ces points accumulés tout au long de votre carrière qui détermine le montant de votre pension.

Il y a deux niveaux :

Retraite de base
Gérée par le régime général (via la CNAV pour le SSI) ou par la CNAVPL (CIPAV). Elle offre une pension calculée sur vos revenus, dans la limite du plafond annuel de la Sécurité sociale (PASS, soit 48 060 € en 2026). Au-delà du PASS, vous cotisez à un taux déplafonné, mais ces cotisations n’ouvrent pas de droits supplémentaires à la retraite de base.
Retraite complémentaire
S’ajoute à la retraite de base. Pour les indépendants relevant du SSI, c’est le RCI (Régime Complémentaire des Indépendants). Pour les professions libérales à la CIPAV, c’est la retraite complémentaire CIPAV. Pour les artistes-auteurs, c’est le RAAP (IRCEC).

Ce qu’il faut retenir : sans complémentaire privée, la pension d’un freelance aux revenus modestes ou irréguliers sera structurellement inférieure à celle d’un salarié ayant eu la même rémunération brute. L’employeur cotise en plus pour le salarié — vous, vous cotisez seul.

Pourquoi les freelances sont particulièrement exposés

Plusieurs facteurs aggravent la situation par rapport à un salarié :

  • Pas de cotisation patronale — 100 % de l’effort de cotisation repose sur vous.
  • Revenus variables — les années de faibles revenus génèrent peu de points, les années sans activité n’en génèrent aucun.
  • Interruptions de carrière — sans employeur qui maintient la couverture, un arrêt prolongé crée un vide dans votre historique de cotisation.
  • Taux de remplacement faible — la retraite obligatoire du freelance représente généralement entre 50 % et 70 % de la retraite d’un salarié au même niveau de revenu net, selon le régime.

Exemple concret — retraite de base pour 40 000 € de revenus nets

Un freelance (SSI, BNC réel) dégage 40 000 € de revenus nets par an pendant 40 ans de carrière complète.

Son assiette sociale est d’environ 46 000 € (revenus × 1,15). La retraite de base est calculée sur la part plafonnée au PASS (48 060 € en 2026) : il cotise donc sur la quasi-totalité de son assiette.

Avec une carrière complète (172 trimestres pour les générations nées après 1965), et en liquidant à taux plein, la pension de base brute sera de l’ordre de 1 200 à 1 400 € par mois, selon les revalorisations. La retraite complémentaire SSI peut ajouter 300 à 500 €.

Total estimé : environ 1 500 à 1 900 € brut/mois, soit moins de la moitié du revenu actuel. Sans épargne retraite complémentaire, l’écart de niveau de vie sera très sensible.

Prévoyance : incapacité, invalidité, décès

La prévoyance couvre les risques qui peuvent interrompre ou mettre fin à votre activité avant la retraite. Elle se décline en trois garanties principales :

Incapacité temporaire de travail
Vous êtes arrêté temporairement (maladie, accident). Le régime obligatoire verse des indemnités journalières (IJ) à partir du 4e jour d’arrêt pour le SSI, mais le montant est plafonné et souvent insuffisant pour maintenir votre niveau de vie. Une prévoyance complémentaire peut compenser le manque à gagner dès le 1er ou 3e jour.
Invalidité permanente
Vous ne pouvez plus exercer votre activité en partie ou totalement de façon définitive. Le régime obligatoire verse une rente d’invalidité, mais elle est généralement faible. Une garantie invalidité privée verse une rente mensuelle complémentaire selon le taux d’invalidité reconnu.
Décès / perte totale et irréversible d’autonomie (PTIA)
En cas de décès, un capital ou une rente est versé à vos bénéficiaires désignés. En cas de PTIA, le capital peut vous être versé directement de votre vivant. C’est particulièrement important si vous avez des personnes à charge.

ATTENTION — Sans prévoyance complémentaire, un arrêt de travail de plusieurs mois peut mettre en péril votre activité et votre situation financière. C’est le risque le plus immédiat et le moins anticipé par les freelances.

Le PER — Plan d’Épargne Retraite

Depuis le 1er octobre 2019, le Plan d’Épargne Retraite (PER) remplace et unifie les anciens produits d’épargne retraite (contrat Madelin, PERP, PERCO). Il est accessible à tous, salariés comme indépendants.

Pour les freelances, le PER individuel (anciennement Madelin) est l’outil le plus pertinent :

Versements libres ou programmés
Vous choisissez le montant et la fréquence de vos versements, sans contrainte de régularité (contrairement à l’ancien Madelin).
Déductibilité fiscale
Les versements sont déductibles de votre revenu imposable, dans la limite d’un plafond annuel. Pour un travailleur non salarié (TNS), ce plafond est le plus élevé des deux montants suivants :
  • 10 % du bénéfice imposable, plafonné à 8 PASS (soit 38 448 € en 2026) + 15 % de la fraction du bénéfice entre 1 et 8 PASS
  • 10 % du PASS, soit 4 806 € minimum en 2026
Sortie en capital ou en rente
À la retraite, vous pouvez récupérer votre épargne en capital (en une fois ou fractionné) ou en rente viagère. La sortie en capital est fiscalisée sur les plus-values uniquement.
Sortie anticipée possible
Dans certains cas : acquisition de la résidence principale, invalidité, décès du conjoint, surendettement, expiration des droits au chômage, liquidation judiciaire.

Avantage clé du PER : chaque euro versé réduit votre revenu imposable. Si vous êtes dans la tranche à 30 %, un versement de 1 000 € ne vous coûte réellement que 700 € après réduction d’impôt. C’est un levier puissant, surtout les bonnes années.

PER ou assurance-vie ? Les deux sont complémentaires. L’assurance-vie est plus liquide (pas de blocage jusqu’à la retraite) mais ne bénéficie pas de la déductibilité fiscale à l’entrée. Le PER est idéal pour l’épargne retraite à long terme quand vous avez un revenu imposable significatif. L’assurance-vie reste utile pour l’épargne de précaution et la transmission de patrimoine.

Estimer votre future pension

Le site officiel info-retraite.fr vous permet de :

  • Consulter votre relevé de carrière (trimestres validés, points acquis dans chaque régime)
  • Obtenir une estimation de votre pension à différents âges de départ
  • Vérifier que vos droits sont bien enregistrés (important après un changement de statut ou une période d’activité réduite)

Cette démarche est gratuite et prend moins de 10 minutes avec votre identifiant France Connect.

Comment lire votre relevé de carrière

Chaque ligne correspond à une année. Vérifiez que les années de forte activité sont bien enregistrées avec le bon nombre de trimestres. Une erreur peut réduire votre pension de façon permanente. En cas d’anomalie, contactez directement la caisse concernée (CNAV, CIPAV, IRCEC) pour une rectification.

Par où commencer et combien mettre de côté

Il n’y a pas de réponse universelle, mais voici une approche en trois étapes :

  1. Consulter info-retraite.fr — obtenez votre estimation de pension dès aujourd’hui, même si vous avez peu d’années de carrière. Cela donne une base concrète.
  2. Couvrir les risques immédiats en premier — souscrire une prévoyance (incapacité, invalidité, décès) avant de penser à la retraite. Un arrêt prolongé sans revenu est le risque le plus probable à court terme.
  3. Épargner pour la retraite progressivement — commencer par de petits montants, augmenter les versements sur le PER les années de bons revenus pour optimiser la déduction fiscale.

Règle empirique pour la retraite : si vous souhaitez maintenir 70 % de votre revenu actuel à la retraite, et que le régime obligatoire n’en couvre que 40 %, vous devez épargner pour couvrir les 30 % restants. Sur 20 ans de retraite estimée, cela représente un capital à constituer. Un conseiller en gestion de patrimoine (CGP) peut modéliser cela précisément selon votre situation.

Plus vous commencez tôt, plus l’effort est faible. Grâce aux intérêts composés, 200 € par mois placés à 40 ans produisent un capital nettement supérieur à 400 € par mois commencés à 55 ans. Chaque année d’attente a un coût réel.

Freelancer centralise votre activité et vous donne une vision claire de vos revenus réels sur l’année. C’est la base indispensable pour calibrer vos versements sur un PER ou évaluer le niveau de prévoyance dont vous avez besoin.

Pour comprendre le détail de vos cotisations obligatoires et le calcul de votre assiette sociale, consultez la fiche sur les charges sociales.

Si malgré nos efforts cette fiche ne vous semble pas claire ou pire, si vous avez repéré une erreur,
n’hésitez pas à nous contacter.
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