Quel type d'entreprise créer ?

Fiches pratiques / Créer son activité

mis à jour le 24 août 2026

Toutes les activités n'ont pas les mêmes besoins. Le choix du statut juridique conditionne votre fiscalité, vos cotisations sociales, la protection de votre patrimoine et la lourdeur administrative — il mérite d'être posé en amont.

Depuis la loi n° 2022-172 du 14 février 2022 en faveur de l'activité professionnelle indépendante, le paysage des formes juridiques pour freelances a été simplifié. L'EIRL a été supprimée et l'EI bénéficie désormais d'une séparation patrimoniale automatique : vos biens personnels sont protégés de plein droit, sans déclaration d'affectation à constituer.

Dans cette fiche, nous présentons les formes les plus courantes pour un freelance : l'EI (avec son régime simplifié, la micro-entreprise), l'EURL, la SASU, et leurs variantes pluripersonnelles (SARL, SAS). Pour des situations particulières (artistes-auteurs, associations, SCOP, SCIC), un rendez-vous avec un expert-comptable reste recommandé.

Le choix initial n'est pas définitif : il est tout à fait possible de faire évoluer votre entreprise au fur et à mesure que votre activité se développe (passer de la micro à l'EI au régime réel, transformer une EI en EURL, etc.).

L'entreprise individuelle (EI)

L'entreprise individuelle est une activité exercée en nom propre : l'entreprise n'a pas de personnalité juridique distincte de la vôtre. Simple à créer, facile à gérer, elle offre une grande liberté d'action — vous êtes seul décisionnaire et la notion d'abus de biens sociaux n'existe pas.

Depuis le 15 mai 2022, l'EI bénéficie d'une séparation patrimoniale automatique (article L526-22 du Code de commerce) : votre patrimoine professionnel (biens utiles à l'activité) est distinct de plein droit de votre patrimoine personnel. En cas de dette professionnelle, vos créanciers ne peuvent saisir que les biens du patrimoine professionnel — votre résidence principale, vos biens personnels et familiaux restent protégés.

La contrepartie de cette simplicité reste structurelle :

  • Vous ne pouvez pas avoir d'associé.
  • Vous ne pouvez pas céder votre entreprise (vous pouvez en revanche céder le fonds de commerce ou la clientèle).
  • Vous ne pouvez pas lever de fonds auprès d'investisseurs.

L'EI peut s'exercer sous deux régimes fiscaux : le régime micro-fiscal (la « micro-entreprise », ex auto-entreprise) ou le régime réel. Le régime micro est appliqué automatiquement sous les seuils de chiffre d'affaires ; au-delà, ou sur option, vous basculez au réel.

La micro-entreprise

La micro-entreprise n'est pas un statut juridique distinct : c'est une EI au régime micro-fiscal et micro-social simplifié (article 50-0 du CGI). Elle s'adresse aux activités dont le chiffre d'affaires annuel ne dépasse pas :

  • 203 100 € pour les activités de vente de marchandises et fourniture de logement,
  • 83 600 € pour les prestations de services (BIC) et les activités libérales (BNC) — le cas typique du freelance (montants applicables aux recettes 2026, 2027 et 2028).

Le régime applique un abattement forfaitaire censé représenter vos frais professionnels (71 % vente, 50 % services BIC, 34 % BNC) et vos cotisations sociales sont calculées en pourcentage du chiffre d'affaires encaissé (pas de cotisation minimale, pas de cotisation en l'absence de CA).

C'est le choix par défaut le plus pertinent en début d'activité, tant que vos frais réels restent inférieurs à l'abattement forfaitaire. Consultez notre fiche sur la micro-entreprise pour les seuils détaillés, les options (versement libératoire, ACRE) et les cas de sortie du régime.

L'EI au régime réel

Au-delà des seuils du micro, ou sur option, l'EI bascule au régime réel (BIC pour les activités commerciales, déclaration contrôlée BNC pour les libérales). Le bénéfice imposable est alors calculé à partir des produits et charges réels, ce qui peut être nettement plus avantageux dès que vos frais professionnels dépassent l'abattement forfaitaire du micro.

Certaines professions (artistes-auteurs notamment) sont exclues du micro et doivent opérer directement à l'EI au régime réel. Consultez notre fiche sur les régimes fiscaux pour le détail des sous-régimes (réel simplifié, réel normal, déclaration contrôlée).

Les sociétés unipersonnelles (EURL, SASU)

Une société forme une personne morale distincte de son créateur. Vos biens personnels sont, par construction, séparés de ceux de la société (la responsabilité est limitée aux apports). La création d'une société permet aussi :

  1. de vous associer ultérieurement avec d'autres personnes (passage EURLSARL, SASUSAS sans changement de structure),
  2. de céder votre entreprise (cession des parts/actions),
  3. de lever des fonds auprès d'investisseurs,
  4. de créer plusieurs entreprises distinctes.

La contrepartie est administrative : rédaction de statuts, publication d'une annonce légale, dépôt de capital, comptabilité d'engagement complète, dépôt annuel des comptes. Le coût annuel (expert-comptable inclus) est significativement plus élevé qu'en EI.

L'EURL — Entreprise Unipersonnelle à Responsabilité Limitée

L'EURL est une SARL à associé unique. Le gérant associé unique relève du régime social des travailleurs non-salariés (TNS) : cotisations moins élevées qu'au régime général (environ 40 % du revenu net contre ~80 % en assimilé-salarié), mais protection sociale plus légère (notamment indemnités journalières moins favorables).

Fiscalement, l'EURL est à l'IR par défaut (le bénéfice est ajouté aux revenus du gérant). Une option pour l'IS est possible, irrévocable au bout de 5 ans.

La SASU — Société par Actions Simplifiée Unipersonnelle

La SASU est une SAS à associé unique. Le président associé unique relève du régime général de la sécurité sociale (assimilé-salarié) : cotisations plus élevées (~80 % du revenu net), mais meilleure couverture sociale (retraite, indemnités journalières).

Fiscalement, la SASU est à l'IS par défaut. Une option pour l'IR est possible pendant 5 exercices maximum (article 239 bis AB du CGI).

La SASU n'est pas assujettie aux cotisations sociales sur les dividendes versés à l'associé unique, contrairement à l'EURL où la part des dividendes dépassant 10 % du capital social est soumise aux cotisations TNS. C'est un point clé pour optimiser la rémunération mix salaire / dividendes.

Tableau comparatif EI, micro, EURL, SASU

Comparatif des 4 statuts les plus courants pour freelances — 2026
Critère Micro-entreprise EI au réel EURL SASU
Protection patrimoine Séparation automatique (L526-22) Séparation automatique (L526-22) Responsabilité limitée aux apports Responsabilité limitée aux apports
Fiscalité par défaut IR — micro-fiscal (CA − abattement) IR — bénéfice réel IR (option IS irrévocable à 5 ans) IS (option IR pendant 5 exercices max)
Charges sociales du dirigeant 25,6 % du CA (BNC) / 21,2 % (BIC services) / 12,3 % (vente) — taux 2026 TNS — ~40 % du bénéfice (cotisation minimale ~1 200 €/an) TNS — ~40 % de la rémunération + dividendes > 10 % du capital Assimilé-salarié — ~80 % du salaire net, 0 sur dividendes
Formalités création Déclaration en ligne au guichet unique INPI (gratuit) Déclaration au guichet unique INPI (gratuit) Statuts + annonce légale + dépôt capital + INPI (~250 €) Statuts + annonce légale + dépôt capital + INPI (~250 €)
Coût annuel approximatif (comptable inclus) 0 € (comptabilité allégée, pas de comptable nécessaire) 800 à 1 500 € 1 500 à 2 500 € 1 800 à 3 000 €
Plafond CA 83 600 € services / 203 100 € vente Aucun Aucun Aucun

Les pourcentages de cotisations sociales sont des ordres de grandeur — les taux exacts dépendent de votre activité (BNC libéral, BNC réglementé, BIC), de la CIPAV ou de l'SSI, et de paliers progressifs. Faites simuler votre cas précis par un expert-comptable.

Et les structures pluripersonnelles ?

La SARL — Société À Responsabilité Limitée

La SARL est la version pluripersonnelle de l'EURL (2 à 100 associés). Elle reste la forme la plus classique pour s'associer en petit comité (associations familiales, binômes professionnels). Les statuts sont relativement encadrés par la loi, ce qui en limite la souplesse mais réduit le coût de rédaction.

Le gérant majoritaire relève du régime TNS ; le gérant minoritaire ou égalitaire est assimilé-salarié.

La SAS — Société par Actions Simplifiée

La SAS est la version pluripersonnelle de la SASU (au moins 2 associés, sans plafond). C'est aujourd'hui la forme privilégiée des startups et des projets envisageant une levée de fonds : les statuts offrent une grande liberté de rédaction (actions sans droit de vote, actions de préférence, clauses d'agrément, pactes d'associés) qui permet aux fondateurs de conserver le pouvoir de décision même en minorité du capital.

Le revers : la liberté statutaire impose un travail de rédaction soigné — l'accompagnement par un avocat spécialisé est fortement conseillé. Les statuts pré-rédigés sont rarement adaptés à un projet de croissance.

La SA — Société Anonyme

La SA impose un capital minimum de 37 000 € et au moins 2 actionnaires (7 si la société est cotée). Sa gouvernance est lourde (conseil d'administration ou directoire + conseil de surveillance, commissaire aux comptes obligatoire). Elle n'est pertinente que pour des projets de grande taille ou d'introduction en bourse — rarement pertinente pour un freelance.

Comment choisir ?

Le bon statut dépend de quelques questions structurantes :

  • Quel est votre rythme de croissance prévu ? Sous 30 à 40 k€ de CA stable, la micro-entreprise est presque toujours le bon choix. Au-delà, comparez l'EI au réel et la SASU/EURL.
  • Envisagez-vous de vous verser des dividendes ? Si oui, la SASU est nettement plus avantageuse que l'EURL (pas de cotisations sur dividendes). Si vous prévoyez uniquement une rémunération salariale, l'EURL au régime TNS coûte moins cher en cotisations.
  • Quelle est votre tolérance à la complexité administrative ? La micro demande quasiment zéro comptabilité. L'EI au réel implique une compta d'engagement. La SASU/EURL ajoute statuts, AG annuelle, dépôt des comptes — un expert-comptable devient quasi-obligatoire.
  • Avez-vous besoin de protéger un patrimoine personnel important ? La séparation patrimoniale automatique de l'EI couvre les cas usuels, mais une société (EURL, SASU) offre une barrière juridique plus nette pour des montages avec dettes importantes ou risques contractuels élevés.
  • Prévoyez-vous de vous associer, lever des fonds, céder l'entreprise ? Dans ce cas, la société (SASU pour la flexibilité, EURL pour la simplicité) est indispensable dès le départ — la transformation d'une EI en société est possible mais coûteuse.

Notre recommandation pratique : la micro-entreprise pour démarrer et tester son marché (le coût de sortie est nul), puis basculer en EI au réel ou en SASU une fois que le CA dépasse les seuils ou que la stratégie de rémunération le justifie. Une simulation par un expert-comptable avant la création coûte 200 à 400 € et s'amortit largement sur la première année.

Où s'immatriculer ?

Depuis le 1ᵉʳ janvier 2023, toutes les formalités de création, de modification et de cessation d'entreprise se font exclusivement en ligne sur le guichet unique de l'INPI. Cette plateforme a remplacé les anciens CFE (chambres de commerce, chambres des métiers, URSSAF, greffes des tribunaux de commerce).

Le guichet unique transmet automatiquement votre dossier aux organismes destinataires (INSEE pour le SIREN/SIRET, URSSAF pour l'affiliation sociale, services fiscaux pour le régime d'imposition, greffe pour l'immatriculation au RCS ou au RM). Vous recevez généralement votre SIRET sous 4 à 15 jours selon le statut choisi.

Consultez notre fiche sur les démarches pour le détail des pièces à fournir et le déroulé exact selon votre forme juridique.

Pour aller plus loin

Le choix de la forme juridique est indissociable de deux autres décisions :

  • Le régime fiscal — voir notre fiche dédiée Les différents régimes d'imposition pour comprendre micro, réel simplifié, réel normal et déclaration contrôlée.
  • Le régime social — voir Choisir son statut social pour comparer TNS et assimilé-salarié en détail (cotisations, protection, retraite).

N'hésitez pas à vous faire accompagner par un expert-comptable ou un organisme de gestion agréé — leur intervention en amont évite des choix qu'il sera coûteux de défaire.

Freelancer est un service d'aide à la gestion de l'activité de votre entreprise. Quel que soit votre statut (micro, EI, EURL, SASU), il génère vos devis et factures avec les mentions obligatoires adaptées à votre régime fiscal, sécurise votre relation client et automatise les relances en cas d'impayé.

Pour aller plus loin

Si malgré nos efforts cette fiche ne vous semble pas claire ou pire, si vous avez repéré une erreur,
n’hésitez pas à nous contacter.
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